lundi 29 septembre 2014

La mort du poète


La mort du poète

Sursauts et jaillissements de conscience lucide tarissent l’inspiration.

La muse ne répond pas aux pourquoi, elle veut danser sans y penser.

Trop de lumière aveugle.

Au royaume des poètes les borgnes sont-ils rois ?

S’il vient au poète que le temps a passé, que la course des questions-réponses fut nourrie d’irréalisé, que reste-t-il des mots ?

Que reste-t-il du poète qui ne soit amertume ?

Au petit matin brisé d’actualité, sans compagnon pour affronter la nuit tombée,  las de toutes ces muses qu’on assassine, c’est le poète qui se débine.

Trou béant de lucidité et spirale d’inconnu, le temps à la pesée est trop lourd à porter.

Si ce n’est que passager, l’histoire se poursuit avec un chameau qui se décharge, le passage d’un Lion de volonté et le sourire d’un enfant qui se conjugue au présent.

L’enfant, loin des turpitudes métaphysiques, loin de l’effritement de l’être s’abîmant en un « je » qui ne se connaîtra jamais lui-même, jouera sans y penser de fin et d’éternité.

Mais, si le sursaut se fit trop haut, que la chute venait à casser la plume, c’est l’arrêt de mort du poète, son mariage avec l’absurde.

Il jouait jusqu'ici la tragédie, sublimation de souffrance, puits de sens par-delà bien et mal,
Voici que meurt le héros qu’aucune question ne ressuscite.

L’absurde rompt le poète comme le vent du Nord le chêne.

Et lorsque sa mort survient, le calme revient, néant vide ou plein, plus rien n’a d’importance lorsque surgit l’indifférence.


H. Seposa